Christian Bobin
Mais que fais tu encore chez toi ?
Vite, marche, cours, vole, que dis-je?, turbote jusqu'au plus proche magasin de qualité par chez toi (et qui vend des livres tant qu'à faire) et saute, arrache, trépasse pour lire le Piou, tome 1
qui vient de sortir en exclusivité partout.
Parce qu'en l'échatant (parfaitement, comme Fifa) ta vie changera du tout au tout :
- toi le chauve, tu auras de nouveau des cheveux
- toi le chevelu, tu les perdras un peu et tu te rendras compte qu'en fait les cheveux courts ça te va mieux
- toi l'aveugle,...non rien.
- toi le sourd, tu t'entendras rire ou en tout cas tu sentiras tes trémolos.
- toi l'artiste, tu auras de l'inspiration
- toi le raté, tu te diras que des gens ratent pas leur vie et tu auras de nouveau un peu d'espoir
- toi le moche, on te trouvera moins moche avec ce sourire étincelant que te collera Le Piou (sauf si en plus d'être moche, t'as des dents pourries)
- toi le danseur, tu pourras faire des bonds à trois mètres et espérer toucher les fesses de Michael Jackson
- toi l'ami, tu seras encore plus mon ami
Bref, aucune raison de pas aller l'acheter je crois et mille d'y aller. Si j'étais pas drôle je te dirais que c'est remboursé par la sécu mais vu que jsuis drôle jvais juste m'arrêter là et
t'aimer. Cours ami, tu ne peux t'en passer.
Garçon ou fille ? Je ne sais même pas le sexe de l'enfant blond que j'ai eu envie de jeter par la fenêtre pendant cinq heures.
Qu'est ce que je fous dans cette situation inconfortable ? C'est une plutôt longue histoire dont on va s'arrêter aux principaux éléments : un train, des vacances, des voyageurs et un zeste de
fatigue.
17h20 à Paris, je monte dans l'Idtgv pour huit heures (c'était cinq heures, c'était pour voir si vous suiviez). Mon voisin de siège est du genre porte de
prison et fixé sur des épisodes d'Heroes donc déjà ça me fait une conversation en moins à tenir. Après une micro sieste avec la peur constante de m'avachir sur lui je me met en face puisque les
sièges sont libres (pourquoi avoir attendu une heure ? Bonne question, je me la pose aussi et si tu me juges, je t'emmerde). Pile devant lui je me place et sans mentir il a dû me regarder deux
fois en tout et pour tout.
Bien installé désormais, comme par hasard, j'ai plus sommeil. Ca tient sans doute au vieux que j'ai vu venir de loin qui avait l'air mort et qui arrivé à mon niveau a trébuché et s'est appuyé sur
moi. J'ai vu Dead like me récemment et c'est de cette manière que les undead te piquent ton âme pour que tu puisses mourir tranquille. Tu comprends pas ? Bah alors pige juste que j'ai eu peur de
la mort.
Le pire de tout le voyage c'était sans doute les enfants qu'il y avait dans mon wagon. Trois ? Vraiment ? Pour moi ? Putain, ça fait mal surtout que dès le début y en avait un qui rampait par
terre tout le long du couloir. Tu le regardes et tu te dis que sa mère va aller le récupérer avant que tu lui marches dessus. Puis tu tournes la tête et tu vois sa mère qui vient vers son gosse à
quatre pattes elle aussi et en poussant des ptits cris en plus. Où va le monde je vous le demande ?
Je croyais bien que c'était ce démon de 4-5 ans qui allait pourrir mon voyage. Bah non c'est ceux d'en face qui s'y sont mis. Ils étaient plus près de moi faut avouer donc ça aurait été moins
marrant si ça avait été le rampeur qui avait continué sa noble tâche.
Le problème avec les deux restants (sans mentionner l'hermaphrodisme du plus grand (7-8 ans)) c'est qu'ils se connaissaient. Ils ont donc pû faire plein de choses passioooonnantes. Comme un
concours de "ding-ding-ding" (ou "guin-guin-guin" j'avoue ne pas avoir bien saisi mais ça aurait pû être n'importe quel autre bruit que les enfants ont la particularité de savoir produire en
rafale). Puisqu'ils se connaissaient, ils ont bien sûr eu la possibilité et tout le temps de se chamailler "non c'est à moi", "mon téléphone il est orange donc mieux que le tien", "je sais faire
l'hélicoptère en crachant sur les passagers et pas toi, na!", etc.
Non mais tout ça pour dire que j'ai survécu à ce voyage, je suis arrivé avec mes jambes, mes bras et quasi toute ma tête. Je comprendrais jamais comment on peut trouver mignon un enfant qui prend
un faux téléphone et fait des blagues genre "allo c'est toutou" mais je sais que je continuerai à prendre le train, à écrire des articles et à aimer la vie (mais pas les enfants hein qu'on soit
clair).
A plussssssssss
J'aurais pu mettre Voyages en train de Grand corps malade, mais bon dédicace obligé à cousine mourante. Un jour tu seras en vacances et tu chanteras ça.
Version 1 : Bien arrivés à destination STOP pense à vous STOP traversée moite du pays
STOP ai vu les vaches STOP chanté STOP beaucoup dormi STOP barbe roussie STOP un deux trois soleil STOP bande son : Benabar NRJ latinos et Nostalgie STOP Garmin parle trop STOP claqué ma soeur
après un pari STOP ai parlé à la machine à sou du péage STOP plein d'arbres et de bruits différents STOP dormi avec un violent orage STOP fini internet STOP
Version 2 : A chaque degré supplémentaire ma barbe roussie un peu plus. L'atmosphère en voiture alterne entre la moiteur étouffante et le trop plein de vents
sur mes yeux prêts à se fermer. La femme dans le GPS ne s'est tue qu'une fois arrivée sur l'autoroute.
Auparavant il a fallu se préparer. Le fameux départ, son lot de retards, d'imprévus. Où est rangé mon maillot de bain ? Que mangera t-on sur la route ? Une dernière lessive avant de quitter la
maison ? Pour aller plus loin, j'ai réalisé la veille qu'aucune valise n'était posée au sommet de l'armoire. Persuadé, je n'avais pas pris la peine de vérifier. Direction Montparnasse, refuse
trop haut perché d'une partie de mon histoire personnelle ? Finalement ce sera ma soeur qui creusera un puits dans ses affaires pour héberger les miennes. La même enfant qui m'a poussé à me
bagarrer, à rejouer à Un deux trois Soleil,... C'est peut-être cela que l'homme du péage a vu, pour cela qu'il a donné une bouteille supplémentaire, "pour les enfants derrière".
Désormais, nous avons rejoint la route en surbrillance, l'odeur du déodorant remplace brièvement celle de la transpiration. La nourriture passe entre toutes les mains, les bouteilles entre toutes
les bouches. Dernière ligne droite, le sommeil n'est pas venu. La nostalgie d'Elvis a transformé la voiture en boite de nuit, la boule à facette est remplacée par une des fameuses bagues en toc
de ma grande soeur, le plafond est plein de ses reflets. Quelques pièces à trouver avant de pouvoir franchir la dernière barrière. Le temps s'écoule. Une voix au doux accent veut nous aider mais
c'est simplement le temps que nous laissons filer. Les machines parlent dorénavant et les secondes perdues se transforment en rencontre amicale. Sans doute la dernière fois de notre voyage que
nous souhaitons un bon week-end, avant de profiter du notre. Nous avons déjà commencé en réalité. Du temps devant moi pour penser et du soleil pour m'apaiser, je me sens bien.
Je vous envoie mes plus douces pensées.
Depuis, j’attends derrière ma porte. J’ai préparé un grand sac de bonbons, et je quitte plus ma serviette éponge. Comme ça, si ces deux petits cons reviennent sonner chez moi pour remettre en cause mon âge et ma sexualité... choisie, je serai prêt, et je pourrai leur balancer, haut et fort, le front levé, et la lèvre supérieure au vent :
«Hey les gars, vous avez cru que c’était Halloween ou quoi ???».
Gilbert Daji
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